Savon d’Alep, ghassoul, huile d’argan : ces trois produits reviennent sans cesse dans les routines de soin, souvent parés de vertus qu’on ne prend pas le temps de vérifier. Ce ne sont ni des remèdes ni des cosmétiques miracles. Ce sont des matières premières précises, avec une composition, un usage traditionnel et des limites qu’il vaut mieux connaître avant de les adopter.
Le savon d’Alep, un savon de composition simple
Le savon d’Alep est un savon solide fabriqué à partir d’huile d’olive saponifiée, additionnée d’une proportion variable d’huile de baies de laurier. C’est cette huile de laurier qui lui donne sa couleur verte à cœur et brune en surface après l’oxydation qui se produit pendant son long séchage, traditionnellement à l’air libre pendant plusieurs mois. Plus la proportion d’huile de laurier est élevée, plus le savon est réputé doux pour les peaux sensibles — mais aussi plus rare et donc plus coûteux à produire.
Dans son usage traditionnel, il sert de savon de toilette pour le corps, le visage et parfois les cheveux, en particulier pour les peaux à tendance sèche ou réactive, qui tolèrent souvent moins bien les tensioactifs de synthèse présents dans certains savons industriels. Il ne « traite » aucune pathologie de peau : c’est un nettoyant, pas un soin médical, et il ne dispense jamais d’un avis médical en cas de problème cutané persistant.
Le ghassoul, une argile — pas un shampooing
Le ghassoul, ou rhassoul, est une argile minérale extraite principalement dans la région de l’Atlas au Maroc. Mélangée à de l’eau, elle forme une pâte utilisée depuis longtemps pour nettoyer la peau et les cheveux : elle absorbe l’excès de sébum et les impuretés grâce à sa structure minérale, sans recourir aux agents moussants qu’on trouve dans les produits nettoyants classiques.
C’est précisément ce mode d’action qui impose une précaution simple : le ghassoul n’est pas un shampooing du quotidien. Son pouvoir absorbant, utile ponctuellement sur cheveux ou peau grasse, peut dessécher à l’excès en cas d’usage trop fréquent, en particulier sur cheveux bouclés ou colorés, plus sensibles à la déshydratation. Un usage hebdomadaire ou ponctuel, plutôt que quotidien, correspond davantage à ce que sa composition permet.
L’huile d’argan, un produit d’une région précise
L’huile d’argan est extraite des amandons du fruit de l’arganier, un arbre qui pousse essentiellement dans le Sud-Ouest marocain, dans la région du Souss. Sa production traditionnelle repose sur un travail long, en grande partie manuel, historiquement assuré par des coopératives de femmes qui assurent le décorticage et le pressage. On distingue l’huile d’argan cosmétique, obtenue à partir d’amandons crus, de l’huile d’argan alimentaire, obtenue après torréfaction des amandons, qui a un goût prononcé et n’est pas destinée à la même utilisation.
En cosmétique, elle est utilisée comme huile nourrissante pour la peau et les cheveux, riche en acides gras et en vitamine E, ce qui explique sa texture et son pouvoir occlusif sur peau ou cheveux secs. Elle ne fait repousser aucun cheveu et ne répare pas une fibre capillaire abîmée en profondeur : elle en améliore la texture en surface, ce qui n’est déjà pas rien, mais reste d’un ordre différent d’une promesse de réparation.
L’aire de production de l’arganier bénéficie d’ailleurs d’une reconnaissance patrimoniale internationale : l’arganeraie a été déclarée réserve de biosphère par l’UNESCO en 1998, une reconnaissance qui porte sur la préservation de cet écosystème et du savoir-faire agricole associé, pas sur les propriétés du produit fini.
Ce que ces produits ne font pas
Aucun des trois ne doit être présenté comme un traitement. Ce sont des produits d’hygiène et de soin cosmétique, dont l’usage traditionnel est réel et documenté, mais dont l’effet reste circonscrit à ce qu’une composition simple peut apporter : nettoyer, absorber, nourrir en surface. Aucun d’eux ne remplace un avis dermatologique en cas de problème de peau, et aucun n’a vocation à « traiter » quoi que ce soit au sens médical du terme.
En France, les allégations portées sur les produits cosmétiques sont encadrées : un produit ne peut pas revendiquer un effet qu’il n’est pas en mesure de démontrer, et la composition doit être déclarée sur l’étiquette. Cette surveillance relève notamment de l’ANSM, qui assure le suivi de la sécurité des produits cosmétiques mis sur le marché en France.
Quelques précautions simples avant de les utiliser
- Tester un produit nouveau sur une petite zone de peau avant une application plus large, en particulier pour l’huile d’argan et le savon d’Alep concentré en laurier.
- Ne pas laisser le ghassoul sécher complètement sur la peau ou les cheveux : il doit être rincé pendant qu’il est encore humide, pour éviter un effet trop asséchant.
- Vérifier la composition indiquée sur l’étiquette plutôt que de se fier à l’appellation commerciale, qui ne garantit pas à elle seule la pureté du produit.
Ces produits ont traversé les générations parce qu’ils fonctionnent, dans les limites de ce qu’ils sont réellement : des matières premières simples, pas des formules miracles. Pour prolonger cette approche sans complaisance des usages transmis entre les deux rives, notre rubrique Algérie & Maghreb revient régulièrement sur ces savoir-faire concrets.
Comment repérer un produit peu transformé
Pour ces trois produits, la liste d’ingrédients reste le meilleur indicateur, bien avant l’appellation commerciale ou le pays affiché sur l’emballage. Un savon d’Alep traditionnel n’a besoin que de très peu d’ingrédients — huile d’olive, huile de baies de laurier, eau, soude utilisée lors de la saponification puis neutralisée : une liste longue avec des parfums de synthèse ou des colorants ajoutés signale un produit qui s’en inspire sans en suivre le procédé. Le même réflexe vaut pour le ghassoul, vendu soit en poudre brute à mélanger soi-même, soit déjà préparé avec des ajouts qui en changent la texture et parfois l’efficacité absorbante d’origine.
Pour l’huile d’argan, la couleur et l’odeur donnent des indices simples : une huile cosmétique pure a une teinte dorée et une odeur discrète, assez différente de l’huile alimentaire torréfiée, plus sombre et nettement plus odorante. Une huile d’argan cosmétique très bon marché, produite en très grand volume, a statistiquement plus de chances d’être coupée avec une autre huile végétale moins coûteuse — une pratique qui n’est pas systématique, mais que la liste d’ingrédients permet en théorie de vérifier, quand elle est correctement renseignée.



