Composter sans jardin est possible, mais toutes les méthodes ne se valent pas en appartement. Deux solutions dominent : le lombricomposteur, qui utilise des vers pour décomposer les déchets, et le bokashi, qui repose sur une fermentation par micro-organismes. Elles répondent à des contraintes différentes et n’ont pas les mêmes exigences d’entretien.
Lombricomposteur ou bokashi : deux logiques distinctes
Le lombricomposteur est un bac à plusieurs étages où des vers (généralement des vers dits « de fumier », différents des vers de terre de jardin) transforment les épluchures en un compost fin et en un jus fertilisant appelé lixiviat. Il produit un compost utilisable directement, mais demande une population de vers vivante et stable, sensible aux excès de température et à certains aliments.
Le bokashi fonctionne par fermentation anaérobie : les déchets sont tassés dans un seau hermétique avec un son enrichi en micro-organismes, sans oxygène. Le résultat n’est pas un compost fini mais un pré-compost fermenté, qu’il faut ensuite enterrer en pleine terre ou dans un compost collectif pour qu’il achève sa décomposition. Le bokashi accepte davantage de types de déchets que le lombricomposteur, y compris de petites quantités de viande ou de poisson, mais il nécessite un exutoire en terre pour la seconde étape.
Ce qu’on peut y mettre, ce qu’on évite
Pour un lombricomposteur, les vers tolèrent bien les épluchures de fruits et légumes, le marc de café, les sachets de thé sans agrafe, le papier essuie-tout non imprimé et le carton brut en petite quantité. Ils supportent mal, voire pas du tout :
- les agrumes et l’ail en grande quantité, dont l’acidité ou les composés perturbent le milieu ;
- la viande, le poisson et les produits laitiers, qui pourrissent avant d’être digérés et attirent les nuisibles ;
- les aliments cuits en sauce ou trop salés ;
- les matières non organiques, même biodégradables en apparence (certains plastiques dits compostables ne le sont qu’en compost industriel).
Le bokashi, lui, accepte les restes cuits et une petite quantité de produits animaux, ce qui en fait une solution plus souple pour un foyer qui cuisine avec des restes carnés, à condition de disposer ensuite d’un terrain ou d’un compost collectif pour la seconde phase.
Odeurs et moucherons : les vraies causes
Un compost d’intérieur qui sent mauvais ou qui attire des moucherons n’est pas une fatalité : c’est presque toujours le signe d’un déséquilibre identifiable.
- Excès de matière humide (« verte ») non compensé par de la matière sèche (« brune ») : trop d’épluchures fraîches sans carton, papier ou litière carbonée pour équilibrer, cela produit un excès d’humidité qui fermente mal et dégage une odeur âcre.
- Manque d’aération : un lombricomposteur trop tassé ou mal ventilé bascule vers une décomposition anaérobie malodorante au lieu d’une décomposition aérobie, qui ne sent presque rien.
- Déchets non recouverts : les moucherons (souvent des drosophiles) pondent sur les matières exposées à l’air ; recouvrir systématiquement les apports frais d’une couche de matière sèche limite fortement leur prolifération.
- Bokashi mal tassé ou couvercle mal fermé : la fermentation a besoin d’un milieu hermétique ; un mauvais tassement laisse entrer de l’air et favorise la moisissure plutôt que la fermentation.
Dans les deux cas, un lombricomposteur ou un seau bokashi correctement géré ne dégage pas d’odeur perceptible en dehors du bac lui-même.
Si une odeur apparaît malgré ces précautions, le premier réflexe n’est pas d’arrêter le compostage mais de retirer l’excès de matière humide en surface, d’ajouter aussitôt une couche de matière sèche (carton déchiré, papier non imprimé) et de vérifier que le bac n’est pas trop tassé. Un lombricomposteur qui retrouve son équilibre cesse de sentir en quelques jours ; s’il continue, la population de vers est probablement en souffrance et il faut réduire temporairement les apports.
Un volume réaliste pour un foyer
Le compostage en appartement ne fait pas disparaître tous les biodéchets d’un foyer, surtout pour un lombricomposteur, dont la capacité de traitement dépend directement de la population de vers, laquelle met du temps à s’adapter à une nouvelle charge. Pour un foyer de deux à quatre personnes qui cuisine régulièrement, un lombricomposteur d’appartement standard suffit généralement à absorber les épluchures courantes, mais pas nécessairement les pics ponctuels (grande quantité de légumes en une fois). Le bokashi, produisant des lots par seau plein, s’adapte mieux à un rythme irrégulier.
Le compost fini, qu’il vienne d’un lombricomposteur ou d’un bokashi enterré, ne se produit pas au même rythme que les apports quotidiens : il faut généralement plusieurs mois avant d’obtenir un premier volume utilisable. Un foyer sans plantes en pot ni jardin peut se retrouver avec un compost fini sans usage immédiat ; dans ce cas, le proposer à un voisin, un composteur collectif ou un jardin partagé évite qu’il ne s’accumule sans emploi.
Quand l’appartement ne s’y prête pas
Certains logements ne permettent ni balcon, ni rebord extérieur, ni accès à un jardin pour enterrer le bokashi. Dans ce cas, la solution la plus simple reste les points d’apport volontaire pour biodéchets, de plus en plus répandus dans les villes, ainsi que les composts collectifs de quartier ou de résidence, où les biodéchets sont pris en charge par un référent ou une collecte dédiée. L’Ademe recense et explique ces dispositifs, qui se sont largement développés avec la généralisation du tri à la source des biodéchets.
Composter en appartement demande un minimum d’attention au départ, le temps de comprendre l’équilibre entre matières humides et sèches, mais devient ensuite un geste presque automatique. Le sujet rejoint d’autres réflexes du quotidien abordés dans nos pages vie pratique et maison.


